Deux cadres techniques, deux parcours, un métier…

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Didier Bouquet : Régisseur général / Directeur technique pour le cinéma et l’événementiel.

Laurent Haverlandt : Régisseur général pour l’événementiel.

Une terrasse de restaurant ensoleillée à Suresnes. Il est 13h29 le 20 avril 2007 et Laurent Haverlandt est encore retenu sur Paris. Didier et moi même venons de le joindre au téléphone, il enfourchait à l’instant son 1200cm³ et prenait la route pour nous rejoindre.

J’en profite pour faire des essais de son avec le « voicetracer » que je pose sur la table encombrée de nos téléphones, agendas respectifs, bloc notes, de vaisselle et de linge de table de rigueur. J’ouvrirai tout de même une page blanche de mon fidèle carnet de notes pour y tracer un dessin ou y traduire une sensation.

Philippe M@W :

Bonjour Didier et merci d’avoir répondu présent pour cette rencontre souhaitée par Julien. En attendant Laurent, je me permets de t’en ré-exprimer l’objet. Tous les deux vous avez pratiquement le même intitulé de poste et les mêmes responsabilités juridiques et pénales induites par ce profil, mais vous évoluez dans deux secteurs d’activités quelque peu différents. Différents quant aux objets à servir… un nouveau produit à faire connaître et reconnaître…  ou enfin, le propos d’un auteur utilisant une des formes d’écritures spécifique et reconnue qu’est le cinéma, ce 7ème art. Mais avez-vous le même cahier des charges et quel est votre parcours ?
Echangeons à ce propos. Je reste pour M@W le rédacteur de notre rencontre. Tout d’abord, Didier, peux-tu nous exposer ton parcours en quelques mots…
 
Didier Bouquet :
Pour faire court alors, je n’étais pas un grand adepte de l’école. Rires….Mais j’ai tout de même obtenu un Bac A3 option Arts Plastique et Histoire de l’Art. Puis j’ai enchaîné par deux ans en école privée dans l’audiovisuel, ceci dit, qui nécessitait trois années normalement pour achever le cursus. J’ai intégré le privé à ce moment de mon parcours car dans le public, pour le même type d’orientation, il m’aurait fallu être issu d’une branche scientifique et ce n’étais pas le cas. J’ai donc arrêté au bout de deux ans car ce parcours de formation ne répondait finalement pas à mes exigences en matière de contenu.
 
Philippe M@W :
Alors tu avais déjà, à cette époque, fait le choix de travailler dans le secteur de l’audiovisuel.
 
Didier Bouquet :
Oui, c’était spécifiquement le cinéma et ses effets spéciaux entre autre qui m’attiraient.
 
Philippe M@W :
As-tu été influencé dans cette orientation par un membre de ta famille ou une de tes connaissances ?
 
Didier Bouquet :
Non, pas du tout. Et quand j’en parlais à l’époque avec mes conseillers d’orientations, ils essayaient toujours de me décourager… rires….Mais le lycée que je fréquentais, au moment de mon bac A3, avait une option cinéma dans un autre cours, et j’ai sympathisé avec eux. J’ai pu commencer alors à travailler sur des courts métrages dans ce contexte. Tout d’abord à la décoration, puis assez rapidement à la lumière et pour finir j’ai pu m’occuper du cadre. Ce fût un apprentissage sur le terrain, empirique et je me documentais sur le sujet. J’étais et je le suis resté, curieux de nature.
 
Philippe M@W :
Tu étais cinéphile ?… l’es-tu toujours ?
 
Didier Bouquet :
J’étais surtout attiré par la technique se rattachant au cinéma. Mes plus vieux souvenirs me rappellent que j’étais toujours attiré par ce qu’il se passait derrière une scène de concert par exemple. Et ce depuis tout petit, que se passait il donc en arrière scène ?… rires…, comment était accrochées les lumières… Que faisait ce technicien qui s’affairait ? Et finalement, je me rends compte que je n’ai pris conscience qu’à postériori de cette sensible attirance pour la technique.
 
Philippe M@W :
Pas de frustration artistique alors. Aucune velléité de devenir un acteur ou un réalisateur pour ce cinéma qui t’attire ?
 
Didier Bouquet :
Non, pas du tout et cela paraissait même étrange dans la bande de copains que nous étions devenu à l’époque. Tous voulais être réalisateur et pas moi. Je me suis toujours senti bien du coté de la technique. J’ai été assistant réalisateur sur un moyen métrage de 52mn, donc pas très éloigné de la durée d’un long métrage et cela s’est très bien passé. Je n’avais aucune velléité de devenir ce réalisateur, je me sentais bien à son service pour réaliser mon cahier des charges, c’est à dire l’interface entre la technique et lui, et ses besoins. Et ensuite j’ai enchaîné avec quatre longs métrages au poste de régisseur entre autre, en tous les cas du coté de la technique.
 
Philippe M@W :
Mais dis moi, ce profil de poste de cadre technique, n’est ce pas une façon d’être au plus prêt de l’auteur, de ce moment intime qu’est la phase de création ? Le moment ou l’idée devient peu à peu palpable et lisible pour tous. Peut être une façon d’alimenter notre sensibilité artistique.
 
Didier Bouquet :
En fait et de façon plus précise, je suis surtout incapable de ne pas réfléchir ou d’optimiser ce que je fais ou fais faire. Et c’est cet état de fait qui m’a naturellement poussé à me positionner à des postes d’encadrements techniques. J’ai beaucoup de mal à accepter des méthodes de travail qui manquent de sens ou de pertinence. Alors j’ai décidé d’être là ou les cahiers des charges se décident.
 
Philippe M@W :
Alors à ce propos, parle-nous de ta méthode de management.
 
Didier Bouquet :
Je diffuse mes consignes de la façon la plus claire possible, car en fonction du format des équipes cette consigne va circuler dans l’organigramme et sûrement, légèrement se déformer. Le message de départ doit être le plus limpide possible. Dans ma méthode de management, j’écoute aussi mon équipe pour aller encore plus loin dans ma stratégie de mise en oeuvre. Même si à un moment on ne peut pas écouter tout le monde, il est nécessaire de recueillir l’avis de la partie opérationnel. Je collecte la bonne idée, quelque soit le profil de poste d’où elle émane, avec pour objectif de gagner du temps, de l’énergie, de l’efficacité et ceci sans chercher à m’approprier cette meilleur idée. Cette solution optimum appartient à cette équipe au service de la production du moment. Par contre, je reste le garant du contexte dans lequel s’inscrit cette proposition et je la valide, ou ne la valide pas.
 
Philippe M@W :
On se retrouve après tes deux ans d’école d’audiovisuelle, alors après.
 
Didier Bouquet :
Ayant quitté cette école après seulement deux ans, je me suis senti dans l’obligation de m’assumer et j’ai commencé par remplir mon devoir de citoyen en faisant mon service militaire obligatoire à l’époque. Un an d’armée au SIRPA Central (Service d’Information et de Relation Publique des Armées). Je faisais le recueil presse ou il s’agissait de traiter la presse national et régionale en stockant ce qui concernait l’armée de plus ou moins loin.
 
Philippe M@W :
Que retiens-tu de cette période ?, des outils, une méthode ?
 
Didier Bouquet :
Pour ma part, j’en retiens tout d’abord un intérêt pour la presse, comment fonctionne t’elle, comme la lire et la décrypter éventuellement. Peut être comment s’en méfier aussi en ce qui concerne les versions officielles et officieuses. Ensuite j’en retiens un goût pour l’actualité et son traitement. Et professionnellement cela m’a conforté dans ma méthode de management, l’armée étant l’antithèse du management participatif. On nous demandait certaines fois de faire des choses aberrantes en termes d’efficacité de travail.
 
Philippe M@W :
N’y a t’il pas une base commune entre les méthodes rigoureuses que met en œuvre le corps de l’armée et nos méthodes de travail ? Je ne parle pas des objectifs fondamentalement et radicalement différents mais bien évidemment des éventuelles méthodes de travail similaires.
 
Didier Bouquet :
Non, aucune similitude et de façon plus conséquente, dans l’armée, on demande à une très grande partie de l’organigramme de ne pas réfléchir pour pouvoir agir vite, peut être sans état d’âme. Ceci au regard des objectifs très clairs de celle-ci. Dans notre secteur l’objectif qui sera atteint ou exceptionnellement non atteint ne nécessite pas le fait d’envisager la perte d’êtres humains. En même temps…rires…Cela dit, quand on observe certains de nos confrères travailler on a la sensation que leur vie est en jeu.
 
Philippe M@W :
Et après cette période sous le drapeau tricolore ?
 
Didier Bouquet :
En juin 1994 je fais un grand virage et je pars deux ans vivre aux Antilles. Durant ces deux années je serais à la fois Marin, skippeur et moniteur de voiles. Oui j’ai un autre curriculum vitae … rires…et celui-là est en rapport avec une passion, la voile et la mer. J’ai tous les permis bateau, ceux qu’on ne passe pas par hasard. Mais je garde des contacts avec cette équipe de copains de l’école et je ferais une coupure pour revenir à Paris pour un court métrage décisif dans mes prochaines orientations professionnelles.
 
Note :
13h59, Laurent Haverlandt nous rejoint enfin et la terrasse de ce restaurant est bondée de monde. Cette terrasse ensoleillée d’avril a donc attiré les salariés des entreprises voisines pour leur pause déjeunée. S’il n’y avait pas le bruit incessant des voitures qui passent sur l’avenue en contrebas de la terrasse occultée par des canisses, on pourrait aisément imaginer que la mer n’est pas loin. Laurent est habillé, entre autre, du fameux gilet de la ligne de vêtement M@Wear. Là s’exprime le « bonjour » de circonstance mais surtout, un véritable plaisir de se retrouver là, autour d’une pizza, au feu de bois bien sur. J’apprends que Laurent et Didier se connaisse bien pour s’être croisés sur des opérations, notamment en 2004.
 
Philippe M@W :
Comment vas tu Laurent et excuse nous, on a déjà commandé.
 
Laurent Haverlandt :
Je suis tendu, une petite production en Grèce qui tout d’un coup est devenue très complexe. Bref presque le quotidien, mais tout d’abord excusez moi pour ce retard. Et sinon je suis très content d’être là. Mais je n’ai malheureusement pas trop de temps.
 
Philippe M@W :
Alors allons à l’essentiel, tu connais l’objet de notre rencontre et tout particulièrement le fait d’identifier dans cet article pour M@W des éventuelles différences de cahiers des charges malgré vos intitulés de postes identiques. De plus je salut le professionnel que tu es et j’en parle en connaissance de cause puisque nous avons collaboré sur l’opération des « 20 ans M6 ». J’ai rencontré un régisseur général ayant une grande expérience dans le domaine de l’événementiel et un homme de terrain ayant de grandes qualités en relations humaines. Tu étais, pour cette opération régisseur général pour M6 et j’ai donc eu le privilège de t’assister sur la régie d’extérieur et de gérer avec Julien les équipes M@W investies sur la manifestation. Pour mémoire 40 techniciens plateau de M@W par jour se sont succédés 24h/24h pour le montage, l’exploitation et le démontage des installations.
 
Laurent Haverlandt :
Alors je pense qu’il n’y a pas vraiment de différence entre nos cahiers des charges. Ou, si différence il y a, elle se trouve au niveau technologique. Nous utilisons des nouvelles technologies et du matériel peut être moins nécessaire et moins accessible pour le secteur du spectacle vivant. Après je reste convaincu que dans les grandes lignes nous agissons dans les mêmes domaines d’application, soit ; gestion de ressources humaines, de ressources en termes de matériel et le tout à orchestrer vers un rendez-vous commun, l’ouverture au public et une obligation de réussite.
 
Philippe M@W :
Bien, il nous faudra peut être re-préciser cela, mais pour l’instant et en deux mots, peux tu nous parler de ton parcours ?
 
Didier Bouquet :
Oui Laurent, es tu un pur produit de l’événementiel ?
 
Laurent Haverlandt :
Pas du tout, en termes de qualification scolaire j’ai un Brevet Technique Hôtelier et à l’issue je pars vivre en Angleterre pour y travailler. J’en profite sur place pour m’inscrire en faculté et obtenir un Deug et une Licence d’Anglais. J’allais suivre mes cours après mes journées de travail. Ensuite je pars aux Etats Unis travailler, et donc vivre finalement, sur les bateaux de croisières. Je retourne en Angleterre et j’enchaîne au « Club Med ».
 
Philippe M@W :
Ah voilà sûrement le point d’entré dans le monde du spectacle et décidément la mer est aussi votre point commun à tous les deux…rires…
 
Laurent Haverlandt :
Oui effectivement, en y repensant c’est ma rencontre avec le monde du spectacle. Là ou je suis monté sur scène pour la première fois, d’ailleurs voici l’anecdote…rires…. Pour ma 1ère saison au « Club M. », j’étais « aide économe ». Un jour alors que je chantais dans ma salle d’eau comme tous les jours, j’ai entendu du bruit et des rumeurs à l’extérieur. Je sors et j’aperçois des personnels de l’animation qui effectivement m’avaient écouté chanter et qui me disent…. « Mais Laurent tu chantes vraiment bien !!! »….rires… … il faut que tu viennes chanter avec nous me disent ils. Et c’était parti, je participais aux répétitions et aux spectacles du soir, et ceci pendant trois ans.
 
Philippe M@W :
Tu as donc approché notre secteur du coté scène. Alors que t’en reste-t-il de cette expérience d’artiste.
 
Laurent Haverlandt :
Ecoute, monter sur scène et chanter en live est une sensation extraordinaire. Je connais ce que ressente nos chanteurs et interprètes, le tract, être acclamé par un public nombreux. Ouahhhh !!!!…tout le monde venait me voir et je fus star, entre guillemets, durant 3 ans…rires
 
Philippe M@W :
Tout cela s’arrête au bout de trois ans, et après ?
 
Laurent Haverlandt :
Je rentre à Paris et j’ouvre un restaurant Antillais à bastille dont un de mes bons clients était une agence. Ils organisaient leur repas de fin de production dans mon établissement. Un jour, je leur dis par correction professionnelle, que je quitte le restaurant et ils me rétorquent qu’au vu de mon parcours je serais un bon élément sur le profil de régisseur. Ils me demandent de leur laisser mes coordonnées. Je m’exécute sur le champ. Deux mois se passent avant un coup de fil qui me propulse régisseur sur la caravane du Tour de France. Je travaille pour cette agence pendant un an et, comme on le sait, le travail appel le travail, je réalise ensuite ma première opération de type prestation « B to B » en 1997. En bref, c’étais parti….Je n’ai plus jamais arrêté de travailler et je suis vraiment heureux d’être dans ce milieu.
 
Philippe M@W :
Que gardes tu de cette période ou tu chantais au « Club M. » ?… Penses-tu être passé à coté d’une carrière d’artiste ?
 
Laurent Haverlandt :
Je suis sur que j’aurais pu continuer dans cette voie et réussir quelque part. Mais aujourd’hui je n’ai aucune frustration quand à mon choix d’être du côté de la technique. Je garde des activités extras professionnelles qui me nourrissent artistiquement parlant. J’ai des moments de rencontres musicales avec mon cercle d’amis et des projets musicaux, donc tout va bien, je n’ai aucune frustration…
 
Philippe M@W :
Je me permets, cher collègue, un premier constat. Nous avons accédé à nos profils de postes par l’empirisme, le compagnonnage et toutes ses rencontres extraordinaires et déterminantes. C’est une des questions que j’affectionne dans mes moments de face à face pédagogique, c’est-à-dire, qu’elle est la formation initiale des stagiaires de la formation continue. Et les réponses à 80% sont identiques pour l’instant. Les parcours scolaires n’ont rien à voir avec le secteur d’activité qui les concerne aujourd’hui.
 
Didier Bouquet :
C’est parce que j’ai été recruté grâce à mes permis bateaux pour piloter un navire sur le tour de France à la Voile en 1996, que j’ai rencontré le régisseur général de cette opération et que j’ai commencé véritablement dans le secteur de l’événementiel. Puis rapidement l’événementiel à pris le pas sur le cinéma, et je ne travail plus maintenant uniquement dans le secteur événementiel
 
Philippe M@W :
Il nous fallait tout de même dynamiser la professionnalisation de notre secteur et la validation de nos acquis d’expériences. Tout ceci est en marche, pour le bien de tous, avec la mise en place de centres de formations continues en adéquation avec la réalité du terrain et des obligations règlementaires, CFA du spectacle et la volonté de tous de projeter et définir des cadres pour nos professions. Tout ceci en préservant les spécificités et sans sectoriser.
 
Laurent Haverlandt :
Oui, je suis vraiment content de faire parti de cette caste, de ce métier et de cette population professionnelle.
 
Philippe M@W :
Penses tu qu’il s’agit d’une caste, n’est ce pas hermétique une caste ?
 
Didier Bouquet :
On est vraiment dans un secteur d’activité très particulier. On se repasse les affaires et les opérations. C’est une espèce de caste même si je n’aime pas trop cette idée, il faut reconnaitre qu’on aime bien se retrouver entre nous et qu’on a parfois du mal à accepter de nouveaux arrivants.
 
Laurent Haverlandt :
Finalement on n’est pas très ouvert, on a du mal à solliciter un professionnel qui, au minimum ne nous est pas recommandé. C’est une réalité. Les plannings de nos productions, ne nous permettent pas toujours de prendre du temps avec une personne qui aurait peut être des carences de connaissances dans ce secteur.
 
Didier Bouquet :
On souhaite, de plus, minimiser le risque de se retrouver avec une personne dans l’équipe, qui ne serait pas immédiatement efficace. Nous avons une façon très particulière de travailler, et tout le monde n’est pas forcément adapté à notre rythme de travail qui peut être très intense sur certes périodes. Sans compter le stress inhérent à chaque manifestation
 
Laurent Haverlandt :
Rires….. Et c’est sur le tour de France à la voile de 2004 que nous nous sommes rencontré avec Didier…. Et on s’est détesté cordialement…rires….Cela va nettement mieux depuis….Rires….
 
Didier Bouquet :
Rires… Il faut peut être commencé par ce détester dans ce milieu…..Je te rappel Laurent que notre charge de travail à cette occasion était particulièrement complexe…..
 
Laurent Haverlandt :
Exact, je m’en souviens très bien.
 
Philippe M@W :
Alors, dans le dictionnaire, le terme « Régie » est définit comme suit… S’occuper de…. Qu’en pensez-vous ?
 
Didier Bouquet :
Oui, pour moi cela semble juste, c’est s’occuper du contexte général, au sens large.
 
Laurent Haverlandt :
Tu viens à la régie générale grâce ou à cause de ton expérience, de ton parcours. On s’est finalement toujours occuper de tout ou de beaucoup de choses.
 
Didier Bouquet :
Mais ce n’est pas tout, c’est plus que des aspects techniques, aussi larges soient ils,
 
Laurent Haverlandt :
Il ne faut pas avoir peur d’être devant, d’être en représentation et d’aller s’il le faut au conflit, et peut être d’hausser le ton avec notre équipe ou un tiers.
 
Didier Bouquet :
Oui, ou en tout les cas de ne pas craindre d’avoir à dénouer des situations délicates, ceci par une approche fine ou dite « rentre dedans »… rires…. Mais en tous les cas de ne pas subir ….
 
Philippe M@W :
Effectivement une perte de crédibilité de la hiérarchie peut avoir des conséquences néfastes, comme un accident du travail par exemple.
 
Laurent Haverlandt :
Un excès de timidité est un handicap pour ce profil de poste. C’est peut être un jeu d’acteur à certain moment. Il nous faut convaincre et persuader de la pertinence de notre choix.
 
Philippe M@W :
Il y a surement une dimension sensitive dans ce profil de poste…qu’en est-il de notre reconnaissance ?
 
Laurent Haverlandt :
Personnellement j’en ai besoin de cette reconnaissance et je la trouve auprès des gens qui m’entourent d’une part et d’autre part auprès des employeurs qui me sollicitent ou me re-sollicitent.
 
Didier Bouquet :
Je ne cherche pas ou en tout cas plus de reconnaissance, ma seule reconnaissance maintenant est mon salaire, car à trop vouloir de reconnaissance on finit par être déçu.
Note :
Je règle la note raisonnable de ce restaurant et nous rejoignions les bureaux de Men At Work à pieds. Le soleil est toujours au rendez-vous.
 
Philippe M@W :
Est-ce que la reconnaissance est une preuve de notre crédibilité professionnelle ?
 
Laurent Haverlandt :
Non pas uniquement, c’est aussi une reconnaissance de compétences en matière de relations humaines avec les équipes, les employeurs ou les clients en question.
 
Didier Bouquet :
Il nous faudra être un minimum compétent, c’est évident, mais aussi être des personnes agréables avec qui on à plaisir à travailler et donc retravailler. Je crois que c’est la clef pour avoir des années remplies d’opérations riches et intéressantes.
 
Philippe M@W :
Nous partons parfois pour de longues et lointaines aventures dans lesquelles nous aurons un rôle de fédérateur auprès des équipes et de l’encadrement. Ces opérations qui vont nous éloigner de chez nous et nous plonger dans ce qui ressemble à la vie d’un clan, d’une famille, la vie en communauté, en fait, et une partie de la spécificité liée à l’itinérance. Il est nécessaire pour nous, et dans ce cas, d’avoir des qualités en matière de relations humaines et une expérience dans la gestion des groupes.
 
Didier Bouquet :
Pour ma part, je vais préférer collaborer avec une personne un peu moins compétente que souhaitée mais pétris de sympathie et d’humilité.
 
Philippe M@W :
Alors nous voilà en poste, crédible, et après, que se passe t’il ?…. Est ce que nous continuons de pratiquer l’empirisme…. Qu’en est-il de notre formation personnelle ?
 
Laurent Haverlandt :
La formation est un passage obligatoire à un moment, mais la spécificité de ces métiers est l’apprentissage dit « sur le tas ». C’est ce que nous avons vécu avant qui est le plus important et nous nourrie dans la régie générale. Il s’agit d’une implication complète de notre part. Quelque soit l’heure qu’il est, il nous faudra répondre à la problématique, en chef d’orchestre que nous sommes.
 
Didier Bouquet :
C’est l’addition et la « digestion » de toutes nos expériences précédentes qui nous préparent à la régie générale. Je dis, nous préparent, car pour moi on ne choisi pas ce métier, c’est lui qui nous choisi. Malgré toutes les formations qu’une personne pourra faire, elle ne sera peut être pas régisseur général et je pense tout d’abord à nos horaires de travail….
 
Laurent Haverlandt :
Rires…. Quand on en a !!!!….se lever à 3h du matin et ne plus se coucher car on enchaîne les soucis non prévisibles auquel il nous faut réagir….Vous voyez de quoi je peux parler !!!.. Pouvoir supporter tout le monde, dormir peu éventuellement et dans des conditions difficiles. Je pense qu’il faut du courage pour faire ce métier.
 
Philippe M@W :
On peut parler d’un mode de vie particulier ?
 
Didier Bouquet :
Non pas un mode de vie, mais un mode de travail particulier, un secteur aux horaires, aux conditions et pratiques particulières. Mais bon, nous ne sommes pas les seuls à avoir des conditions de travail particulières.
 
Philippe M@W :
Revenons sur l’objet formation, Didier que penses-tu des parcours de formation proposés actuellement ?
 
Didier Bouquet :
Tout d’abord je voudrais insister sur la nécessité de formation pour tous les profils et tout l’organigramme. Nos employeurs manquent cruellement de culture en règlementation et autres domaines. La formation les intéresse eux aussi pour nous permettre ensemble d’avoir le même discours. Notamment certains d’entre eux confondent la Commission de Sécurité et l’organisme agréé de contrôle, les formations obligatoires par le Code du Travail et les formations de spécialisations son, lumière, ect…
 
Laurent Haverlandt :
Finalement en ce qui nous concerne nous sommes de toute façon perpétuellement en formation. Nous gérons des objets si différents qu’il nous faut être curieux et donc chercher à connaître un domaine particulier qui nous intéresse sur telle ou telle opération.
 
Didier Bouquet :
Je réalise actuellement un cahier des charges en anglais et il est vrai qu’il me faut être assisté de mon dictionnaire et autres moyens de traduction pour être judicieux dans mes propos.
 
Philippe M@W :
Il existe deux typologies et cadres de formations ; la formation initiale et la formation continue. Qu’elles sont pour vous les différences remarquables et attendues ?
 
Laurent Haverlandt :
La formation initiale devrait être la formation de base, généraliste, qui donnerait une ou des méthodes de travail et une base de documentation.
 
Didier Bouquet :
La formation continue correspond à des moments de spécialisation pour le personnel. Elle est importante et nécessaire car tous les domaines évoluent et celle-ci nous permet de nous remettre à jour ou à niveau. Bien sur elle concerne l’accès aux formations obligatoires.
 
Philippe M@W :
Alors voici une question délicate, dans le cadre d’une embauche éventuelle de personnel dans votre équipe, qu’elle part, plus ou moins importante, accordez-vous à l’expérience et, comparativement, au niveau de formation et qualification de votre futur collaborateur ?
 
Laurent Haverlandt :
Il est vrai que je serais plus sensible au niveau d’expérience de ce futur personnel. Mais je sais que la formation initiale est l’assurance d’avoir du personnel plus à même de devenir performant rapidement.
 
Didier Bouquet :
Finalement tout dépend des contenus de ces éventuels parcours de formations et de l’application qu’il a pu réaliser de sa ou ses formations dans
ses expériences professionnelles. C’est une équation à résoudre en fonction de mon attente en termes de profil de personnel souhaité dans l’équipe.
 
 
Laurent Haverlandt :
L’avantage des stagiaires en CFA c’est leurs moments en entreprise qui leur génère un niveau d’expérience en même temps que leurs qualifications. Cela leur donnera une valeur ajouté sur le marché du travail. Nous avons besoin de gens performant rapidement.
 
Philippe M@W :
Finalement on pourrait conclure ce chapitre « formation » par le fait que nous y venons peut être quand le compagnonnage a atteins peut être ses limites, d’une part et que, surtout, des formations sont rendues obligatoires par la règlementation en vigueur…. De plus, pour les cadres techniques, ils leurs faut connaître les « process » et pas forcément le fonctionnement exact des machines en question. Parlons de nos conditions de travail particulières. Nous gérons une spécificité que nous ne retrouvons nulle part ailleurs, ou peut être en médecine, dans les opérations d’urgences. Il s’agit de notre rendez-vous commun, comme je le nomme, le « 20h30 ». Quoi qu’il se soit passé, le rideau devra s’ouvrir. Il ne nous est pratiquement pas possible de remettre à « lundi ». Qu’en pensez-vous ?
 
Laurent Haverlandt :
Oui, c’est exact nous avons tous ce rendez-vous, c’est notre objectif et résultat attendu.
 
Philippe M@W :
Par exemple, dans le bâtiment, au moment de la construction il se négocie déjà au départ de pénalités de retard éventuelles.
 
Didier Bouquet :
Dans le cinéma nous avons la possibilité de refaire autant que nécessaire. Ce qui n’est pas le cas de le secteur de l’événementiel. Mais c’est exact dans le secteur vivant, on gère à chaque fois l’équivalent d’un direct et la pression psychologique qu’il génère.
 
Philippe M@W :
Alors ce rendez-vous commun génère du stress que le cadre technique va devoir gérer pour lui et ses équipes. Avez-vous déjà annulé une opération ou manifestation ?
 
Laurent Haverlandt :
Non jamais pour des raisons techniques et extrêmement rarement, mais cela m’est déjà arrivé, pour des raisons de forces majeures liées aux conditions météorologiques.
 
Philippe M@W :
A quel moment avez-vous pris conscience de la règlementation en vigueur et applicable dans notre secteur d’activité ?
 
Laurent Haverlandt :
En ce qui me concerne ce fût en 2005 sur une opération de grand format. On m’a, à l’époque imposé une charge et une responsabilité qui était nébuleuse quand à son contenu. Aujourd’hui ce n’est pas véritablement plus lourd en charge de travail mais cela fait parti de notre cahier des charges obligatoirement.
 
Didier Bouquet :
Pour moi c’est à partir de 99 où j’ai vraiment pris conscience de l’importance et de la nécessité de la formation.

Philippe
M@W :
Que pensez-vous objectivement de cette règlementation en vigueur ?
 
Didier Bouquet :
Ces lois sont judicieuses et pertinentes mais leurs applications restent complexes dans nos natures d’activités. Mais on ne peut pas parler de contrainte mais de charges de travail supplémentaire liée à la prévention des risques.
 
Laurent Haverlandt :
Nous avons toujours été nourris de bon sens quant à la gestion des risques dans nos opérations. Mais l’incident ou l’accident est une somme de coïncidences et de facteurs tellement subtiles que ce chapitre de la prévention doit se préciser dans nos méthodes.
 
Didier Bouquet :
Nous avons une délégation de pouvoir induite par notre profil de poste. Il nous faut l’assumer pleinement, même si il n’y a jamais qu’un seul responsable. L’employeur reste tout de même responsable.
 
Philippe M@W :
Avez-vous un très mauvais souvenir à nous conter en la matière ?
 
Didier Bouquet :
Fondamentalement non, car tout devient expérience et donc positif dans mon parcours.
 
Laurent Haverlandt :
Pas vraiment non plus. En tous les cas je ne laisse pas transpirer mon stress éventuel et je suis rassurant. Il y a forcement une solution et je donne une réponse rapidement. Je suis le garant du résultat à obtenir et de la satisfaction du client. Par contre, à contrario …rires….j’ai un excellent souvenir.
 
Philippe M@W :
On t’écoute Laurent….
 
Laurent Haverlandt :
Il s’agissait du lancement du « Falcon 7X » en 2005. Cette opération a nécessité 200 personnes en 3/8, un mois de production, six jours de montage pour 1h30 d’exploitation et 1000 personnes en gradin. Je me rappel de notre émotion à tous à la fin de cette opération.
 
Philippe M@W :
Que pensez-vous des pratiques salariales liées à nos profils de postes ?
 
Laurent Haverlandt :
Notre niveau de salaire est une marque de crédibilité. Nous pouvons accepter des forfaits mais ne bradons pas nos salaires.
 
Didier Bouquet :
Nous avons beaucoup de préparation, chez nous éventuellement et c’est un temps de travail à bien prendre en compte et donc à quantifier. Il y a un minimum en dessous duquel il ne nous faut pas descendre, nous vendons notre expérience et notre niveau de responsabilité. Je souhaite pouvoir continuer à travailler avec qui je veux.
 
Philippe M@W :
Est-ce que quand on a rien à faire en exploitation c’est parce que nous avons bien travaillé en amont ?
 
Laurent Haverlandt :
Je pense que nous aurons toujours quelque chose à faire en exploitation. Et ceci malgré une préparation sans faille.
 
Didier Bouquet :
Il m’est difficile de concevoir que je n’aurai plus rien à faire en exploitation. Cela ne m’est jamais arrivé en fait….rires…..
 
Philippe M@W :
Avez-vous un conseil ou une remarque à formuler ?
 
Laurent Haverlandt :
Je souhaiterais dire un mot à nos employeurs. Puisqu’il nous considère, et à juste titre comme des garant de faisabilité, contacter nous et consulter nous avant de vendre et définir vos opérations. Ayez pleins d’idées mais associez nous suffisamment tôt à vos projets.
 
Didier Bouquet :
Oui, impliquer nous dans la structure de production. Nous aurons beaucoup de mal à assumer la mise en œuvre d’une opération mal conçue au départ dans le domaine technique.
 
Philippe M@W :
Et pour finir, avez-vous un conseil pour les jeunes qui arrivent dans notre nature d’activités ?
 
Laurent Haverlandt et Didier Bouquet :…En cœur…
Soyez passionnés, courageux et motivés. Intermittent n’est pas un métier, mais un régime d’assurance chômage. Faisons en sorte de professionnaliser autant que possible ce métier par le biais de la formation.
Merci Philippe.
 
Philippe M@W :
Merci chers collègues…

9 réponses pour “Deux cadres techniques, deux parcours, un métier…”

  1. Oliver M

    … Les photos de ALENVERS c’est obligé ? … L’article est pertinent, les photos de didier Parfaites mais celles de LAURENT … comment ysl’apète …

  2. Valérie D

    Sans déconner … ne faites pas de calendrier svp … ! laissez cela aux rugbymens !!! Laurent ? tu n’as pas grossi un peu ?

  3. Vincent RAUTUREAU

    Bravo ! Enfin un média qui va faire référence dans notre métier ! Bravo chouette article

  4. Didier B.

    Merci à Olivier, Valérie et Vincent, toutefois j’espère qu’il y a plus de 3 personnes à avoir lu ce superbe article.
    Amitiés à tous.
    D.

  5. Laurent C

    Enfin des pros au services des pros ! merci pour nous !

  6. Patrick GAUDIN

    Super sur le fond et la forme ! Bonne description réaliste du poste.
    Clin d’œil sympa, on peut presque humer les pizzas !

  7. Damien LAGER

    Interview très intéressante sur le profil de ces deux gars que je commence à bien connaître (Inoubiable aventure en Afrique et au Grand Palais)…

    Spécial clin d’oeil d’un jeune régisseur qui a envie de suivre leur trace et leurs parcours exemplaires..

    C’est pour quand mon interview Philippe ? ;-) Rdv dans quelques années.. A très vite sur M@W

  8. Philippe CUVELETTE

    Cher Damien, merci pour ce clin d’oeil et commentaire.
    Notre portail internet et nos activités sont un rendez-vous de professionnels passionnés, une fenêtre ouverte sur nos secteurs d’activités. Toute l’équipe M@W se joint à moi pour saluer ton arrivée, et ton nouveau cahier des charges, au sein d’une équipe pleine de projets.
    Nous constatons que tu ne laisse que des traces de professionnalisme, de rigueur et de bonne humeur paratgée avec l’ensemble de tes collaborateurs.
    Bonne route, et effectivement, à très vite sur M@W….

    L’équipe M@W

  9. Agnès Verlé

    Bravo Didier! Cela m’a permis de mieux comprendre ce que tu fais.

    Et désolée de ne pouvoir être cliente…

    Biz et encore toutes nos félicitations à partager avec Delphine.

Régissez à cet article !

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